← points de vue
27 novembre 2020

Ce qui use un développeur, et ce qui le tient

Ce qui attire dans ce métier est bien documenté. Ce qui décroche l’est moins, et se confond avec un manque d’intérêt alors qu’il s’agit d’autre chose. Trois critères suffisent à expliquer la plupart des départs.

Ce qui attire est assez constant : on construit, l’énigme se résout, et il reste un émerveillement quand la chose fonctionne enfin. S’y ajoute une autonomie rare, le métier se conduit largement seul, et une confiance particulière dans des machineries qu’on ne vérifie pas soi-même : le compilateur, les tests, l’itération.

Ce qui décroche est plus discret. La démotivation ne vient presque jamais d’un manque d’intérêt : elle vient d’une perte de confiance. Le code paraît trop compliqué, le débogage s’étire, et la sensation de ne rien produire s’installe alors même que le travail avance. C’est un état, pas un verdict, mais il ne se corrige pas en travaillant davantage.

01la progression se cote

L’escalade donne la meilleure image : on progresse par cotations, en s’attaquant à des voies un cran au-dessus, avec du bon matériel et quelqu’un qui assure en bas. Peu de gens grimpent en solo intégral, et personne n’a besoin de le faire pour progresser. Transposé au métier, cela veut dire des problèmes calibrés, un outillage correct, et quelqu’un qui relit.

La virtuosité suit la même règle qu’en musique : on n’improvise qu’après beaucoup de pratique, et il faut être passé par les périodes ingrates (les bugs, la production qui tombe) pour devenir efficace. Les conditions de l’expérience optimale décrites par la psychologie du flow le disent autrement : il faut une tâche difficile mais atteignable, un but clair, un retour immédiat. Trois choses qu’une organisation peut fournir ou détruire.

02les trois critères

La règle la plus utile tient en une phrase, empruntée à un recruteur du secteur : il faut se demander régulièrement ce que valent la rémunération, l’intérêt du travail confié, et les gens avec qui on le fait. Tant que les trois tiennent, on reste. Dès que l’un casse, la question du départ est posée, et le turnover de deux à trois ans que mesurent les enquêtes du métier n’est que la somme de ces ruptures.

Le critère qui casse en premier est presque toujours le deuxième, et c’est le seul des trois dont on n’ose pas parler en entretien. On négocie un salaire, on choisit une équipe ; on demande rarement à voir le travail.