Ce que le rangement ne règle pas
Trois livres de méthode lus la même année, et leur limite commune : ils organisent un stock, alors que la ressource rare est l’attention. Ce qui reste une fois cette promesse retirée.
Marie Kondo, Tim Ferriss et David Allen ne traitent pas du même sujet, mais ils partagent une structure : un inventaire, un critère de tri, un rangement. Appliquée à des objets, elle fonctionne, parce qu’un objet rangé cesse d’appeler. Appliquée à la veille technique, elle échoue : un article rangé continue d’attendre, et un système de rangement bien tenu produit surtout la satisfaction de le tenir.
Archiver un courriel plutôt que le supprimer paraît prudent, et ne l’est pas. Personne ne rouvre un courriel de trois ans. Une messagerie qui garde tout accumule, en plus de l’inutile, des factures et des confirmations qui n’ont rien à y faire le jour où le compte est compromis. Supprimer devrait être le geste par défaut, et garder l’exception qu’on justifie.
Trois onglets, dix favoris. Ce sont des chiffres arbitraires et c’est leur seule vertu : au-delà, la décision se prend une fois pour toutes au lieu d’être reprise à chaque onglet ouvert. Ce qui ne tient pas dans la limite se ferme ou part dans une liste de lecture. Et le vidage périodique du navigateur enseigne, rétrospectivement, ce dont on avait réellement besoin : c’est-à-dire presque rien.
Une newsletter est un tri fait par quelqu’un d’autre ; un flux RSS lit un blog sans son habillage. Les deux valent mieux que la recherche au fil de l’eau. Les recommandations automatiques trient aussi, mais selon un objectif qui n’est pas le mien, et cela mérite d’être redit chaque fois qu’on s’en sert plutôt qu’une seule fois au début.
Reste la lecture longue, qui est le plus lent des tris et le plus rentable. Une idée qui paraît neuve s’inscrit presque toujours dans une histoire, et savoir laquelle évite de refaire un chemin déjà parcouru. C’est là que ces trois livres servent encore : non comme méthode, mais comme incitation à ne pas s’informer seulement par ce qui vient de paraître.
Aucun de ces gestes ne rend du temps. Ils réduisent le nombre de décisions, ce qui n’est pas la même chose, mais la fatigue d’une journée vient plus souvent des décisions que des heures. Quant à la promesse d’une semaine de quatre heures, je ne l’ai jamais vue tenue par quelqu’un dont le métier consiste à répondre de systèmes en production.