On n’est pas imposé sur ce qu’on retire
La question tient en une phrase : de combien puis-je vivre sans entamer le capital ? La réponse française bute sur un malentendu qui coûte cher dans les deux sens : on croit payer le taux affiché, alors qu’il ne porte que sur une part du retrait.
Un indépendant qui met de côté finit par se poser la question sous sa forme la plus simple : combien mon patrimoine peut-il me verser chaque année sans fondre. La règle de pouce répandue donne un taux de retrait de l’ordre de 4 %. Elle vient d’études américaines, et elle ignore ce qui, en France, décide vraiment du montant qui arrive sur le compte.
Le malentendu est le suivant. Retirer 24 000 € d’un compte-titres ne déclenche pas 31,4 % d’impôt sur 24 000 €. Le prélèvement ne porte que sur la part de plus-value que ce retrait contient : si la moitié du capital est de l’argent versé et l’autre moitié du gain accumulé, la moitié du retrait seulement est taxable. Le taux effectif du premier retrait est donc très inférieur au taux affiché, et il monte au fil des ans, à mesure que le capital devient majoritairement du gain.
Réglez le capital, le taux de retrait et le rendement. La courbe est ce qu’il reste année après année ; les chiffres en dessous sont ce que vous touchez vraiment, une fois l’impôt prélevé sur la seule part de plus-value.
« Les parties sont gagnées par les joueurs qui regardent le terrain, pas par ceux qui ont les yeux rivés sur le tableau d’affichage. »
Basculer le bouton change le prélèvement : 31,4 % sur un compte-titres, contre 24,7 % en assurance-vie au-delà de huit ans. L’écart tient à un détail de 2026 : les prélèvements sociaux sur le capital mobilier sont passés de 17,2 % à 18,6 %, et l’assurance-vie n’a pas suivi cette hausse. Sur trente ans de retraits, ces quelques points ne sont pas une nuance.
Le modèle embarqué est réduit, et mieux vaut l’écrire que le laisser supposer. Les taux sont exacts. La part versée est posée à deux tiers du capital d’aujourd’hui, ce qui est une convention et non votre situation. L’abattement annuel de l’assurance-vie, le plafond de 150 000 €, l’érosion du pouvoir d’achat et l’ordre dans lequel les rendements arrivent sont tous absents. Or c’est précisément cet ordre qui décide si un capital tient : une mauvaise décennie au début ne se rattrape pas.
La courbe est donc une droite là où la réalité ne l’est pas. Elle sert à voir un mécanisme, pas à fixer un montant. C’est un outil de cadrage, pas un conseil en investissement.